L’hôpital

L’histoire de l’hôpital de Pélussin

Au fil des années, grâce à des dons, des legs, et une gestion communautaire, l’établissement prend forme, devenant un pilier du bourg.

Fondation et premiers défis (1834-1846)

Le 19 mai 1834, Prunier vend une maison et sa propriété pour 30 000 francs (payable sur cinq ans) – une somme considérable équivalant à plusieurs décennies de salaire d’un ouvrier – à Étiennette Martin, Jeanne Martin et Claude Chaize. Ces derniers en font immédiatement don à la municipalité de Pélussin qui refuse. Les sœurs Martin transforment alors la propriété en un refuge pour les malades, les vieillards démunis et des jeunes filles infirmes, pour lesquelles elles créent un atelier de dévidage de soie afin de soutenir l’établissement. En 1839, des difficultés financières menacent l’hospice, mais des bienfaitrices le sauvent par leurs dons. Le 2 juillet 1845, les sœurs Martin et Ephroisine Garnier renouvellent leur donation, soutenues par des créanciers, dont Mlle Malassagny, qui abandonne une créance de 23 000 francs – une somme équivalant à plusieurs années de revenus d’un notable. Le 6 septembre 1846, un arrêté de Louis Philippe, roi des Français, officialise ce don, marquant la fondation de l’hospice de Pélussin.

Administration et crises politiques (1848-1853)

En 1848, sous la IIe République, le maire de Pélussin est révoqué et remplacé par M. François, dont le conseil est hostile à l’hospice. Malgré cette opposition, des donateurs soutiennent l’établissement face à sa détresse. Napoléon III révoque François et nomme Alexandre Jullien, qui reprend la gestion pour la municipalité. Les premiers administrateurs, nommés dès 1846, incluent Jullien du Colombier (maire), Vial (curé), Gouttarel (notaire), Stanislas Couchoud (propriétaire), Faure de la Batie (fileur de soie), et Rousselon Fleury. En 1853, l’abbé Vincent, chanoine honoraire de Saint-Jean, lègue sa propriété de la Néranie (achetée en 1841) à l’hospice. En 1870, l’hôpital revend cette propriété à Jean Baptiste Gonon, juge de paix, dont la fille épouse un Baty, père de Gaston Baty.

Reconstruction et nouveau bâtiment (1867-1873)

En 1867, le préfet de la Loire ordonne la reconstruction de l’hôpital, le bâtiment existant étant mal adapté et insuffisant pour un bourg comme Pélussin. Le maire, Alexandre Jullien, engage l’architecte lyonnais Clair Tisseur, qui présente des plans et un devis de 43 8705(*)   francs, approuvés le 7 avril 1867. Le coût final dépasse largement ce budget, mais les Pélussinois multiplient dons et legs, et la commission vend plusieurs immeubles pour financer les travaux. En 1873, les malades sont transférés dans le nouvel hôpital.

(*) En 1867, les 43 870 francs représentent une somme très importante, équivalant à plusieurs décennies de salaire pour un ouvrier ou artisan, ou à un projet d’infrastructure majeur pour un bourg comme Pélussin. En valeur actuelle (2025), cela correspondrait approximativement à 1 à 1,5 million d’euros, selon les méthodes de conversion. Cet effort financier, complété par des dons et la vente de biens, souligne l’ampleur du projet et l’implication collective pour doter Pélussin d’un hôpital adapté.

Crises financières et changement de gestion (1885-1889)

En 1885, de nouvelles difficultés financières émergent : les factures de médicaments ne sont plus payées, et la supérieure de l’hôpital est accusée de mauvaise gestion. Après des débats, la congrégation Saint-Charles rappelle toutes ses religieuses, obligeant l’hôpital à embaucher des laïques à des salaires plus élevés, aggravant la situation. En 1889, la commission obtient une gestion directe des biens de l’hôpital, et des religieuses Saint-Charles reprennent la direction, apaisant la crise. Les dettes sont réglées, et les problèmes financiers deviennent un mauvais souvenir.

Modernisations et legs (1907-1932)

En 1907, l’hôpital installe l’éclairage électrique. En 1911, M. Paret, ancien boucher à Virieu, lègue 12 000 francs – une somme équivalant à une dizaine d’années de salaire d’un artisan – et l’hôpital est raccordé aux réseaux communaux d’eau potable et d’égouts. En 1912, M. Peyssonneaux, ancien moulinier brouillé avec sa fille, lègue la moitié de ses biens, permettant l’installation de baignoires. En 1931, le chauffage central au charbon est mis en place, et une petite aile est ajoutée au nord-est. En 1932, les cuviers en bois sont remplacés par une machine à laver, et en 1965, la buanderie est équipée d’un séchoir à air chaud. Une pharmacie publique fonctionne dans l’hôpital jusqu’à sa fermeture en 1947.

Évolution et changement de congrégation (1950-1978)

Le 15 avril 1950, les religieuses Saint-Charles quittent l’hôpital, qui ferme temporairement. Elles sont remplacées par les sœurs de Sainte Enfance, présentes jusqu’en 1975. Dès 1971, un laïc devient directeur. En 1953, une lingerie et un petit ascenseur sont aménagés. En 1972, l’aile sud est prolongée par un bâtiment à trois niveaux. En 1978, une annexe de 50 lits en chambres individuelles est construite à l’est, portant la capacité à 130 lits.

Rénovation moderne (1990-1998)

En 1990, un projet de rénovation et reconstruction est lancé, réalisé de 1995 à 1998, avec l’objectif d’humaniser l’hôpital, améliorant le confort des patients et modernisant les infrastructures.

D’après Pélussin hier, d’Antonin Chavas